Incompétente!

J’ai été envoyée chez des personnes malades, alcooliques, démentes.

J’ai été envoyée chez des personnes diabétiques, cardiaques, cancéreuses.

J’ai été envoyée chez des personnes amputées, handicapées, endeuillées.

J’ai été envoyée chez toutes sortes de personnes, avec toutes sortes d’histoires, sans presque rien savoir d’elles.

Que savais-je des pathologies de la vieillesse, de l’alcoolisme, de la démence?

Que connaissais-je du diabète, des cardiopathies, des cancers?

Qu’avais-je appris sur les personnes amputées, le handicap, le deuil?

Rien. Je ne savais rien, ou presque. Je ne connaissais que ce que j’avais vécu, de près ou de loin, à travers l’histoire de mes parents, ou la mienne, ou ma maigre expérience professionnelle.

Je suis allée chez toutes ces personnes, j’ai travaillé chez elles. J’ai fait à manger à des diabétiques, je suis allée marcher avec des cardiaques, j’ai parlé avec des déments.

Madame Grandchef leur a dit que toutes les auxiliaires étaient diplômées et expérimentées… sans leur préciser de quel diplôme et quelle expérience elle parlait. Toutes ces personnes m’ont plus ou moins fait confiance, elles m’ont confié leurs menus, leur intérieur, leur personne. J’ai fait des repas, des courses, des promenades, du ménage, des toilettes, chez des personnes dont l’histoire de vie se résumait parfois à deux lignes sur une fiche de liaison. Secret médical oblige, je ne savais (presque) rien d’elles. Le strict nécessaire : nom, prénom, adresse, mission. À la limite, la pathologie principale (Alzheimer, diabète…) et le nom du médecin traitant, et encore, pas toujours. Je glanais quelques infos à droite à gauche, auprès des collègues, de la famille, des infirmières libérales, mais ça restait de l’anecdotique, de l’ordre de la débrouille. Et puis, faut avouer que le projet de vie, la globalité de la personne aidée, tout ça, c’est pas franchement ouvert aux auxis hein! Une nana qui prépare la soupe et refait le lit a-t-elle vraiment besoin de savoir autant de choses?

Eh bien figurez-vous que oui! J’aurais aimé savoir ce qu’il fallait faire à manger pour Fernand, diabétique insulinodépendant. J’aurais aimé savoir communiquer avec Marie-Hélène, qui souffrait de la maladie d’Alzheimer depuis une dizaine d’années. J’aurais aimé aider Raymond, amputé d’une jambe, à se remonter dans son lit. J’aurais aimé connaître la bonne attitude à avoir avec Jean, endeuillé depuis peu, quand il me parlait de son épouse. J’aurais aimé pouvoir déceler les signes de souffrance chez Suzanne, qui souffrait d’une insuffisance cardiaque. Mais je ne savais pas, et j’ai sans doute fait et dit un paquet de conneries!

Vieillir chez soi, c’est bien. Vieillir chez soi avec un médecin traitant qui vous connaît bien et des infirmières qui prennent soin de vous, c’est encore mieux. Vieillir chez soi avec une auxiliaire de vie qui ne va pas vous envoyer au cimetière plus tôt que prévu parce qu’elle n’est ni formée ni informée… c’est la moindre des choses non?

Simone

 

Je m’appelle Simone. Ou bien Mauricette. Je ne suis plus très certaine. A mon âge, on perd un peu la tête.

Je crois quand même que c’est Simone. Parce que lorsque je prononce mon prénom en esprit, je me souviens des champs de blés, de l’été et des coquelicots. Il y a même Marcel à mes cotés. On est jeunes, je suis heureuse.

Je viens de vérifier mon bracelet. Je m’appelle bien Simone. C’est écrit en gros pour que je ne puisse pas oublier. Puis, aussi, pour que le personnel de l’EHPAD puisse toujours m’identifier quand je me ballade.

D’ailleurs, en parlant de ballade, aujourd’hui, j’ai rendez-vous chez un chirurgien. Elizabeth est venue m’expliquer ce matin. Elle m’a habillé avec ma plus belle robe. On a bien rigolé à l’idée qu’il fallait être belle pour voir le docteur.

C’était drôle d’ailleurs, parce que le docteur, ici, je le vois souvent à cause de mon diabète et de mes pieds. Mais pour voir ce docteur là, on ne m’habille pas forcement, enfin pas avec une jolie robe. Aujourd’hui, c’est tout un voyage cette visite : j’ai une ambulance pour moi. Normalement, Elizabeth devait venir mais l’EHPAD manque de personnel aujourd’hui. Du coup, elle doit rester pour faire les toilettes de mes voisines de chambre.

L’ambulance arrive à l’heure. Mais, depuis son arrivée, il ne sourit plus l’ambulancier. Je marche très lentement parce que mes pieds me font vraiment souffrir. Je comprends bien, malgré son silence, que je lui faire perdre de l’argent… J’essaie de me dépêcher, j’ai peur de tomber. Je m’essouffle aussi très vite maintenant.

On arrive tant bien que mal à sa voiture. Ce jeune homme, de plus en plus pressé, me pousse plus qu’il ne m’aide à m’installer. Je me cogne les orteils. Je me retiens de crier, je retiens aussi une larme de douleur. J’ai été élevée à la campagne et à la dure; mon père m’a toujours dit qu’une dame ne doit pas pleurer pour un rien.

On prend la route, le trajet pour le CHU de ma région me semble bien monotone. Beaucoup de goudron et de voitures. Elle est loin ma campagne, ils sont loin mes blés et les coquelicots.

On arrive enfin. Mon accompagnateur va me chercher un fauteuil, il me dit que ce sera plus simple pour déambuler dans les couloirs. Je dois vous avouer que cette solution me fait plaisir. J’ai de plus en plus mal à mes pieds et je suis déjà un peu fatiguée.

Etage truc, unité X : les consultations chirurgicales.

La salle d’attente déborde. L’ambulancier me présente aux infirmières. Aucune d’elles ne prend vraiment le temps de me regarder. Elles ont l’air débordées. J’entends les impatients de la salle d’attente qui râlent sur elles. On m’abandonne ici dans le couloir de l’unité, j’y suis mieux que dans la salle d’attente bondée et bruyante. L’ambulancier reviendra me chercher quand j’aurais été vue. Je suis sur un fauteuil confortable, je n’ose pas râler. Puis, j’ai un peu peur maintenant dans ce couloir que je ne connais pas.

Le temps s’étire un peu, je vois passer des gens et la porte des cabinets de consultations s’ouvrir de façon presque rythmée. Je m’assoupis même si j’ai un peu froid dans ce couloir austère. A un moment, j’entends une infirmière qui hurle. Elle vient d’être frappée par un patient je crois. Les chirurgiens sortent. Le service sécurité arrive. Je suis comme au théâtre, j’ai la meilleure place. Je suis à fenêtre sur cour. C’est comme cela, je crois, que l’on dit. Enfin, je ne sais plus. Puis, je n’ai jamais su. Je n’ai jamais été au théâtre.

Le patient agressif est isolé. La consultation reprend mais le retard est colossal maintenant. Je crois que la matinée est déjà passée, je commence à avoir faim. L’hypoglycémie me guette. Je ne me sens plus très bien. Je n’ai plus la force de réclamer maintenant.

Mon tour arrive. L’infirmière vient me voir. Elle me parle, je la comprends mais je ne peux pas répondre. Je n’ai plus l’énergie pour. Elle me regarde longuement puis glisse un « tiens, les collègues de l’EHPAD, elles ont encore oubliés de dire que c’était une patiente démente, pff. »

Le chirurgien arrive, il est prévenu que je suis démente. On me regarde bizarrement. On ne bouge pas mon fauteuil de place, on regarde mes radios. Et, les courriers.

Puis, j’entends un « Prévois une amputation au bloc la semaine prochaine pour Simone Truc ».

Pas un regard se porte sur moi, je suis seule, je suis assisse sur un fauteuil, je suis dans un couloir anonyme, je suis en hypoglycémie et j’apprends sans en regard que je vais perdre ma jambe. Comme ça. Dans une conversation entre deux professionnels de santé.

Une larme coule le long de ma joue. Puis une deuxième.

J’ai raconté ce souvenir vieux de quelques mois à une infirmière que je ne connaissais pas jusqu’à ce matin. Elle a dit s’appeler Emilie, où quelque chose comme cela. Elle m’a présenté ses excuses quand j’ai eu fini de lui raconter. C’était la première fois que je le racontais à quelqu’un. J’avais bien essayé avant mais, c’était écrit démente sur mon dossier. Personne n’a voulu croire. J’ai lu dans ses yeux : elle, elle y a cru.

Elle revient demain. On jouera avec des cartes. Je n’ai pas trop compris pourquoi. Elle a parlé de résilience. Je n’ai pas compris. On en parlera demain.

 

 

 

 

 

Le premier jour où j’ai été maltraitante

Il y en a qui deviennent infirmier par passion, par envie. Et il y en a d’autres qui le deviennent un peu par hasard.

Je me rappelle. J’ai 19 ans environ. Ça ne fait pas longtemps que j’ai la majorité, je ne sais d’ailleurs pas quoi en faire de cette majorité. Je sais juste qu’il faut que je trouve un boulot, et vite, et dans la petite ville où j’habite car je n’ai pas encore le permis. Ça tombe bien. Il y a un petit hôpital « pour les vieux ». Je postule et je mens dans ma lettre de motivation. Il me le faut ce job, je suis prête à tout.

Un mois après, on me téléphone pour me dire que je suis prise. Mais prise pour faire quoi ? Je pensais y faire du ménage, je n’ai pas d’autres diplômes que ceux de secourisme et mon baccalauréat. Sauf que non. On me dit lors du rendez-vous que je ferai « office d’aide-soignante », on me dit pendant une heure que c’est un boulot gratifiant, simple et enrichissant. De toute façon, je n’ai pas le choix. Il faut que je rembourse des factures, que j’aide à remplir le frigo familial.

Me voilà donc en blouse, une longue robe blanche transparente aux pressions qui ne tiennent pas tout du long. Elle a vécu cette tenue, elle a dû vivre tout un tas de choses. Il est 6h20. Une salle aux murs moisis, le faux plafond humide qui se détache, un lave-vaisselle qui tourne. Il y a une dame avec une doudoune verte foncée, les yeux rouges. Une autre femme fume une roulée qui sent le foin. Le carrelage marron, les joints usés, une table bancale et ses petits bouts de papiers pour la caler.

Après des présentations rapides, on m’explique ce que je dois faire. Ce que je retiens c’est qu’il va falloir que je sois rapide, efficace et que je n’ai pas les deux pieds dans le même sabot. Je leur dis que c’est mon premier boulot, qu’il faut qu’elles me montrent au moins une fois comment je dois m’y prendre.

Et pendant huit longues heures, je lave des corps usés par le temps, des corps malades, je vois des cicatrices sur un sein absent, des poches collées sur des ventres sans savoir à quoi elles servent, je vois des gens qui ne peuvent pas déplier leurs jambes ou au contraire, des gens qui ont oublié un côté tout entier de leur corps avec un bras pendant et flasque. On me dit qu’on ne lave les jambes qu’au moment de la douche, que les autres jours il faut faire le minimum. Je le fais.

On me dit qu’il faut parfois être brusque pour les retourner car si on le fait trop lentement on se fait mal au dos, on a un arrêt maladie. Je le fais.

On me dit que pour gagner du temps et être sûrs que tout le monde mange chaud, il faut mélanger la purée avec le fromage blanc. Je le fais.

On me dit que le dimanche, tout le monde doit rester au lit, que ça les aide à récupérer leur fatigue de la semaine. Même si ils ne sont pas fatigués, ils doivent rester au lit. Je le fais.

On me dit de ne pas croire les déments, qu’ils ne sont plus avec nous et que tout ce qu’ils disent c’est des mensonges, que leurs douleurs ne sont pas réelles, qu’ils ne sont pas fiables. Je le fais.

On me dit qu’une dame est perverse et se mastrube la nuit jusqu’à en être irritée, qu’il faut lui enrubanner les mains avec des gants et du sparadrap pour limiter les dégâts. Je le fais.

On me dit que les petits vieux qui sonnent trop ne doivent pas avoir la sonnette à proximité, que ça les énerve et que pour qu’ils restent détendus, il vaut mieux poser cette « maudite sonnette » sous leur coussin. Je le fais.

On m’a dit des tonnes d’autres choses. Je les ai toutes faites. Consciencieusement. Sans broncher. Sans réfléchir. Sans questionner.

J’ai maltraité des dizaines de vieux. Je les ai maltraité pendant des années. Je l’ai fais car je me suis satisfaite de mon ignorance, je n’ai pas voulu poser trop de questions, il fallait que je garde ce boulot. Les premiers temps, je rentrais épuisée par ces 9 toilettes complètes au lit de patients grabataires et tout ce ménage, tous ces lits à faire, tous ces repas distribués et ces estomacs à gaver. Puis, avec le temps, j’avais pris le rythme. Je trouvais ça normal. Tout le monde le faisait c’est qu’il devait bien y avoir une raison. Je n’ai jamais trouvé cette raison.

J’ai considéré ces vieux comme des gens « passés », inutiles. Si je pouvais revenir en arrière, je le ferai. J’aimerai tant m’excuser de les avoir ignorés, retournés, gavés, astiqués sans n’avoir jamais vu qu’ils étaient nos souvenirs, qu’ils avaient été jeunes, qu’ils avaient des milliers de choses à m’apprendre. Quelle idiote j’ai fais ! Depuis, j’ai grandis. J’ai appris à réfléchir, à m’exprimer. J’ai appris que l’institution doit donner les moyens de ne plus faire ça et qu’il faut, parfois, taper du poing.

Pour toutes ces personnes que j’ai maltraitées, pardon.

Indignée

Un dimanche de repos presque ordinaire d’une infirmière en repos.

Presque ordinaire, mais pas tout à fait parce que cette infirmière a un compte Twitter et qu’elle lit des articles de blog divers et variés pour s’informer afin de rester connectée avec la virtualité de son métier.

Un dimanche de repos ordinaire jusqu’à ce billet d’un médecin que j’aime tout particulièrement lire et cette ligne écrite avec un lien vers un billet de Dominique Dupagne.

J’ai dû rêver cette ligne, cela ne peut pas être vrai.

Cette ligne, c’est une gifle donnée à mon métier, à mes convictions et à ma motivation.

Cette ligne, c’est une pure aberration pour moi.

Cette ligne aurait pu passer inaperçue. J’aurais pu faire comme si je ne l’avais pas lu ou vu; et, j’ai beau la détester cette ligne maintenant je sais: L’industrie sucrière va avec la bénédiction du ministère de l’éducation Nationale éduquer nos enfants à la nutrition.

Alors, me voilà obligée de vous écrire, Monsieur le ministre, ces quelques mots d’infirmière indignée.

Je ne rêve pas : l’industrie qui promeut le sucre va « éduquer » nos enfants et leurs professeurs. J’ai volontairement mis éduquer entre parenthèses parce que je considère que l’on ne peut pas éduquer véritablement quand on est partie  prenante. Aujourd’hui, grâce à un accord signé par un de vos collaborateur, Monsieur le ministre de l’Éducation, l’industrie du sucre a carte blanche pour faire de la propagande afin de promouvoir et convertir nos chères têtes blondes à manger sucré.

À vous qui me lisez et qui vous posez éventuellement la question de la raison de mon indignation, c’est simple : le sucre est un des responsables avérés aujourd’hui de maladies tel que le diabète, l’obésité et certaines formes de cancers. Sachez que nous sommes hélas aujourd’hui dans une ère où les maladies liées à nos comportements de santé seront responsables de milliers de morts et de dépenses de santé dans les années à venir. Donc, donner une information éclairée sur le sucre consisterait en ce résumé: si tu l’aimes le sucre, tu le manges donc raisonnablement et tu n’en fais surtout pas son apologie. Je ne crois absolument pas aujourd’hui que le CEDUS (Le Centre d’Études et de Documentation du Sucre) est choisi d’animer cette éducation faite aux enfants et à leurs professeurs sous cet éclairage…

Moi, qui me lève chaque matin avec pour motivation de faire se développer la prévention et la promotion de la santé, je ne peux pas comprendre et encore moins accepter qu’aujourd’hui Monsieur le ministre de l’éducation nationale un de vos collaborateurs puisse accorder le droit à l’industrie du sucre de mésinformer nos enfants à la nutrition. Ce droit donné d’éduquer des enfants qui n’auront pas l’esprit critique ou le cadre familial éducatif pour reprendre la désinformation et la propagande sucré, c’est l’équivalent d’une hécatombe meurtrière à long terme. Un suicide programmé et accordé…

Vous auriez dû directement signer leur future ordonnance d’antidiabétiques oraux et les inscrire sur liste de receveur d’organes pour la greffe rénale, Monsieur le ministre.

Je sais, j’abuse. Mais, c’est un peu à la hauteur de mon indignation et de l’envie que j’ai d’abandonner mon combat quotidien de prévention.

Vous venez d’abandonner en signant cet accord, Monsieur le ministre, pour nos générations futures le droit à la bonne santé ; droit fondamental un peu voulu par la charte d’Ottawa et l’Organisation Mondiale de la Santé…

Et, pour couronner le tout , ce qui m’agace aujourd’hui, Monsieur le ministre, c’est que les compétences des professeurs de nos enfants et des éventuels partenaires en promotion de la santé ne devaient pas vous suffire pour décider de gifler ainsi l’éducation à la Santé. Certes, ces actions éducatives ont un coût aujourd’hui mais ce n’est rien face aux milliards que nous aurons à dépenser dans quelques années pour tous nous soigner de cette folie sucrée…

Bref, voilà, monsieur le ministre, je suis indignée, choquée. Le loup et son pouvoir sucrant sont entrés dans la bergerie grâce à cet accord. La bergerie « éduque » juste nos enfants et devrait il me semble le faire sans conflit d’intérêt. Dormez en paix, Monsieur le ministre, nos enfants ne subiront les effets secondaires désagréables du sucre que dans quelques bonnes dizaines d’années…

Sincèrement Monsieur le ministre, j’ai beau essayé, je ne comprends pas. Je ne peux pas.

Voilà, je ne doute pas que vos intentions, Monsieur le ministre, n’étaient pas sincèrement guidées par une vraie volonté d’éduquer nos bouts de choux mais, je vous en prie, revenez sur cet accord qui me semble bien dangereux. On ne signe pas d’accord avec le diable, il y a toujours un prix à payer. Cette fois-ci, le prix c’est juste la santé de tous… Je vous demande donc l’annulation immédiate de cet accord.

Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez faire de même. Ecrivez-vous aussi à Monsieur le ministre, passez le relais. Ne laissez pas nos/vos enfants être désinformés.

Millie.